Cosme. Guillaume Meurice

Publié le par Tactile

Cosme, c’est une histoire qui commence par une fin et une fin qui s’annonce comme un commencement. C’est aussi l’histoire du héro éponyme de Guillaume Meurice, Cosme, ce fils d’immigrés espagnols, biarrot de naissance, au parcours atypique et à la personnalité pétillante qui résout le mystère du poème Voyelles d’Arthur Rimbaud.

 

« Il aurait aimé se fondre dans la masse, ne pas être la cible de toutes les attentions. L’épiderme, cette frontière entre le soi et l’ailleurs, semble lui jouer des tours alors même que l’exploration d’un monde ne fait que débuter. {...} Mais bien vite, son corps en termine avec ce caprice infantile. Juste le temps nécessaire pour qu’il garde en mémoire le souvenir de la violence sociale, de l’exclusion, et de la conviction farouche que la différence, ça s’apprend. La peur ça s’apprivoise. L’estime de soi, ça se domine. »

 

Le roman se découpe en chapitres dans l’ordre des Voyelles de Rimbaud : A, E, I, U, O. Dans le premier chapitre, Cosme découvre la clef qui permet de décrypter l’énigme de ce poème mythique sur lequel tant d’intellectuels se sont cassés les dents. Lui le sans grade, le sans diplômes, le prolo aux neurones dopées à la vie et aux échecs trouve la clef. Il ne la révèlera qu’à la fin du bouquin, histoire de bien nous faire chier à nous faire tourner les pages. Bien vu !

 

« Être le détail qui tranche dans le désir d’uniformité. La marque de singularité dans cette volonté de gommer les différences, de lisser les anomalies, de rendre homogène un ensemble disparate. »

 

La suite est la vie trépidante de Cosme, de Biarritz à Paris, d’une enfance douce aux régiments de l’armée, toujours baignée de rencontres riches et d’un regard bienveillant posé sur les gens simples. Avec Cosme c’est une bonne dose d’impertinence, une intelligence de vie brossée à l’école de la rue et peaufinée dans les clubs d’échecs. Le parcours n’est pas linéaire, il est entraînant et coloré, l’amitié pour moteur, la lecture pour compagne.

 

« Pas de chef, pas de leader. Celui qui a la meilleure idée embarque les deux autres. Jaillissement permanent. Le foyer peine bien vite à circonscrire le feu qui les anime. »

 

Brillant récit de Meurice qui sait écrire dans un style énergique et sans grigris. On retrouve l’efficacité du chroniqueur radio qui, dans un soucis de timing, va droit au but, en forcissant les traits pour être plus efficace. Une qualité qui peut être critiquable quand on passe par l’écriture d’un roman, mais on va pas se plaindre d’un style novateur et tranchant. Cosme est un livre sur l’écriture mais c’est surtout un mec bien sympathique.

 

 

« Voyelles

A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles,

Je dirai quelque jour vos naissances latentes :

A, noir corset velu des mouches éclatantes

Qui bombinent autour des puanteurs cruelles,

 

Golfes d'ombre ; E, candeurs des vapeurs et des tentes,

Lances des glaciers fiers, rois blancs, frissons d'ombelles ;

I, pourpres, sang craché, rire des lèvres belles

Dans la colère ou les ivresses pénitentes ;

 

U, cycles, vibrements divins des mers virides,

Paix des pâtis semés d'animaux, paix des rides

Que l'alchimie imprime aux grands fronts studieux ;

 

O, suprême Clairon plein des strideurs étranges,

Silences traversés des Mondes et des Anges ;

- O l'Oméga, rayon viol

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