Casting sauvage. Hubert Haddad

Publié le par Tactile

Casting sauvage c’est l’histoire de Damya, son histoire, l’histoire d’un attentat et puis les histoires d’inconnus avec pour décor les rues de Paris. Damya est une danseuse en passe d’ouvrir les portes de la gloire brusquement fauchée par une balle terroriste qui lui brise un genou et sa carrière. Touchée dans sa chair et traumatisée des évènements elle ne peut plus exercer son art. Ne lui reste plus que l’espoir de retrouver ce garçon qui l’a conquise la veille des attaques. Ne lui reste plus qu’un visage, un souvenir et les rues de Paris à arpenter.

 

« J’ai tendu des cordes de clocher à clocher ; des guirlandes de fenêtre à fenêtre ; des chaînes d’or d’étoile à étoile, et je danse. A. Rimbaud, Illuminations. »

 

Hubert Haddad fait voyager son héroïne dans Paris pour le compte d’un casting pour l’adaptation de Douleurs de Marguerite Duras. Elle doit trouver des gens décharnés, aux visages émaciés et fragiles pour incarner les figurants qui reviennent des camps de la mort en 1945. Son regard affuté et son sens du mouvement l’amène à rencontrer les invisibles de la capitale.

 

« Chacun est peu ou prou tributaire de ses rencontres, qu’elles soient passagères ou arrêtées. On est tous les causes putatives d’un nombre insoupçonné de destinées, voire de créatures. »

 

Au fil de ses douloureuses déambulations avec son genou abîmé Damya cherche également le jeune homme a qui elle s’est offerte la veille des attentats de novembre 2015. Ce lien avec un passé heureux et innocent est le souvenir obsédant qui lui bat les tempes.

 

« Paris est redevenu un décor sans âme. Pendant des semaines, à travers les milliers de visages d’inconnus, c’est la rencontre élue, c’est l’amour d’une vie qu’elle avait cru en cent lieux entrevoir. Mais il n’existait plus, il s’était dissous dans l’horreur d’un nom. »

 

Haddad compose avec beaucoup de lyrisme, son style est très fleurit, chatoyant et doux. Il enrobe jusqu’à l’alourdissement les descriptions et sensations mais sait nous faire voyager de la réalité aux rêves dans un bruissement d’ailes. C’est un peu niais mais bon enfant, ça se laisse lire et la qualité d’écriture est bien là. Tout est une question de goût littéraire.

 

« La rue regorgeait de ces ombres frénétiques, marathoniens aux vicères arrachés ou dibbouks de l’amour en quête de consolation. Les plus ardents étaient les délaissés, les endeuillés, les amoureux, ceux qui cherchent l’ami ou que l’abîme appelle. »

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