Un projet de décroissance. Vincent Liegey, Stéphanie Madelaine, Christophe Ondet et Anne-Isabelle Veillot

Publié le par Tactile

Les auteurs partent du principe que le modèle croissanciste est néfaste à l’Humanité, à la planète et qu’inéluctablement nous allons subir une crise profonde : ils proposent d’opter pour une décroissance choisie. Tout au long de nos existences on nous a uniquement parlé d’un modèle capitaliste avec la croissance comme solution à tous nos problèmes. Hors les auteurs constatent que ce mythe génère chômage, problèmes sanitaires, sociaux et environnementaux pour découler sur l’austérité. Cette même austérité qui conduit à tuer la croissance.

 

« Les caractères naturel et occultant du mot « crise » sous-entendent respectivement que nous ne contrôlons pas cette calamité et que nous n’avons rien d’autre à faire que de nous en protéger. »

 

Croire que la croissance est le seul vecteur de bien-être revient à n’apposer qu’une solution unique à nos problèmes alors que ceux-ci ne font que s’aggraver. La décroissance choisie, collective permet, quand à elle de requestionner le sens et l’usage de ce que l’on produit tout en créant du lien social et constitue une avancée vers ce qui est essentiel à l’Humanité.

 

« La Croissance est toujours présentée comme le seul horizon, à tel point qu’elle phagocyte le fonctionnement de nos institutions et galvaude encore davantage la démocratie. »

 

La lutte contre les pouvoirs établis en redistribuant collectivement le pouvoir aux communautés et aux individus permet d’inclure tout un chacun dans le processus décisionnel. Pour ce faire il faut être pouvoir former des citoyens autonomes capables d’agir politiquement et collectivement

 

« Un volant de chômage est même nécessaire au bon fonctionnement du capitalisme afin que le travail reste une valeur marchande négociable pour l’employeur. La croissance qui assure le plein-emploi est donc bien un mythe. »

 

Après avoir constaté les échecs de notre modèle actuel, les auteurs présentent le concept de la DIA (dotation inconditionnelle universelle) couplée au RMA (revenu maximum autorisé). Grâce à ces deux leviers/outils il serait possible de changer de paradigme pour opter pour une société plus juste. La DIA inclurait toutes les aides sociales dans un seul revenu unique décent, serai inaliénable et cumulable tout en  dégageant du temps pour que chacun puisse se consacrer à l’activité associative, politique et sociale. Le RMA lui permettrait une taxation à 100% au delà d’un certain revenu (rapport de 1 à 4) jugé indécent et renflouerait les caisses de l’État pour permettre la mise en place de la DIA ; les deux sont donc indissociables.

 

« Notre modèle économique est condamné à croître ou à mourir si ce n’est à croître puis à mourir. »

 

La décroissance choisie permettrait de prendre les devants d’une crise inévitable tout en renversant le processus de marchandisation de toutes les sphères de nos vies. Il faudrait aussi renationaliser, se réapproprier le foncier, effectuer des réquisitions de capital pour redistribuer équitablement les richesses de la nation.

 

« Nous désintoxiquer de la religion de l’économie, nous protéger de la peur du lendemain, de la peur de l’autre. »

 

La DIA comme modèle de société s’accompagnerait d’une transition énergétique, de la gratuité du bon usage et de la taxation du mésusage selon des mode définis collectivement. Arrêter de vendre du superflu à des gens qui n’en n’ont pas besoin et sortir de la religion de l’argent font également partie des axes défendus. D’un point de vue écologique il faudrait revitaliser les campagnes et relocaliser la production vers les centres de consommation.

 

« La DIA est une dotation versée à tous et de manière égale de la naissance à la mort, afin de garantir un niveau de vie décent et déconnecté de l’occupation d’un emploi. »

 

Les auteurs s’épanchent sur une décroissance qui serait aussi philosophique avec la question de notre rapport au temps. Comment doit-on le reconsidérer ? Quelles sont nos priorités en tant que communauté humaine ? Il s’agirait également de répartir les tâches ingrates de former des citoyens concernés.

 

« Le ralentissement est une valeur essentielle à la Décroissance. »

 

Le système de santé devra également être repensé. La recherche-fabrication-vente de médicaments serait nationalisée et d’intérêt public. Moins de temps consacré au travail dans de meilleures conditions afin de réduire le stress qu’il génère sont essentiels à une vie plus saine. L’agrochimie touchera également à sa fin.

 

« La première des décroissances doit être celle des inégalités. »

 

Les auteurs présentent des exemples concrets qui existent déjà à l’échelle de petites communautés et qui prouvent qu’un autre modèle est possible pour réussir cette utopie de la décroissance. Trois scénarios sont envisagés. Premièrement celui de l’extension des alternatives actuelles. Deuxièmement celui de la mise en place de la DIA progressive. Troisièmement une DIA immédiate avec un répartition des tâches et du temps de travail. Afin de réussir ce pari fou il faudra nécessairement l’adhésion forte de tous et une véritable volonté de changement.

 

Un ouvrage utopiste à priori mais dont les solutions sont réalisables dans une échelle de temps qui, je le pense, sera trop longue pour pouvoir porter ses fruits avant que la crise soit trop irréversible. Ce livre a le mérite de présenter un autre modèle de société avec des solutions qui combattent la croissance à tout prix. A murir, rapidement.

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