L’élégance du hérisson. Muriel Barbery

Publié le par Tactile

L’élégance du hérisson, quel drôle de titre. Ce livre célèbre la beauté de l’âme, la profondeur de l’existence et prend sens grâce à la plume délicieuse de Muriel Barbery. Une histoire centrée sur des gens ordinaires, des femmes dont on ne voit d’habitude que les ombres se découper sur le corridor d’un quotidien désenchanté. Muriel Barbery s’évertue à mettre sous une lumière généreuse, chatoyante ces personnages qui vibrent intérieurement sous le tapis d’épines qui recouvrent leur dos fourbus.

 

« Ceux qui savent faire font, ceux qui ne savent pas faire enseignent, ceux qui ne savent pas enseigner enseignent aux enseignants et ceux qui ne savent pas enseigner aux enseignants font de la politique. »

 

Destins croisés de deux femmes qui s’alternent la narration : Renée et Paloma. La première est une concierge qui s’applique à coller à tous les clichés et la seconde est une pré-ado bourgeoise qui questionne le sens de la vie. Elles ont en commun le 7 rue Grenelle à Paris, un hôtel particulier abritant l’aristocratie locale. L’une brique ce palace, l’autre s’y ennuie de l’absurdité du monde. À tour de rôle on peut ainsi lire les réflexions de Renée qui brille par sa culture et les pensées profondes de Paloma que l’on peut qualifier d’existentialistes.

 

« Toute la phénoménologie est assise sur cette certitude : notre conscience réflexive, marque de notre dignité ontologique, est la seule entité en nous qui vaille qu’on l’étudie parce qu’elle nous sauve du déterminisme biologique. »

 

Renée cache derrière ses airs de rombière un arsenal littéraire, artistique et sensible qui donne la part belle à Tolstoï et Claesz. C’est avec gourmandise que l’on se régale de ses analyses éclectiques. Paloma partage ce mode de vie solitaire et ne demande que le calme pour mener ses pensées sur le sens de la vie. Pour l’une comme pour l’autre il est vital de cacher ce savoir à leur entourage, de maintenir ce masque qui les tient dans l’obscurité sociale et le calme introspectif.

 

« Pensée profonde n°10 : Grammaire - Une strate de conscience - Menant à la beauté »

 

La société qui entoure ces deux protagonistes est composée de gens plutôt exécrables, pédants, il n’y a bien que Manuela une femme de ménage portugaise et amie élégante de Renée qui apporte de la joie dans ce livre. Oui, toute la première partie du récit est plutôt morose jusqu’au jour où Kakuro Ozu, un distingué japonais vient s’installer au 7 rue Grenelle. En littérature on dirait : élément perturbateur (au récit) ; pourtant ce sera l’étincelle qui mets bas aux masques et amène nos deux protagonistes à se rencontrer. La suite n’est qu’ordre et beauté, luxe, calme et volupté.

 

Muriel Barbery est une agréable surprise passé l’accumulation façon name dropping qui sonne comme une assertion un peu prétentieuse. L’auteure utilise un style très fleurit ponctué de réflexions abouties avec lesquelles on peut, bien entendu, être en désaccord mais où tout se tient très bien pour un résultat digeste car fin, recherché et intelligent. Une typographie différente marque l’alternance narrative mais  n’arrive pas à travestir les pensées de l’auteure ce qui donne l’impression d’une mise en abîme autobiographique. En un mot : foncez !

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