Journal d’un corps. Daniel Pennac

Publié le par Tactile

Cette œuvre singulière est en quelque sorte une parodie de journal intime puisqu’il en prend les contours mais en épouse l’antithèse. Pennac peint la vie d’un personnage imaginé à travers les sensations vécues par son corps. En cela c’est même bien plus intime qu’un journal réputé ainsi.

 

« La peur ne te garantit de rien elle t’expose à tout ! La prudence est l’intelligence du courage. »

 

L’écriture prend racine dans les angoisses du narrateur, à ses 12 ans et s’étale jusqu’à sa fin de vie à 87 ans. Le style et la justesse de l’écriture n’évolue guère au cours du livre ce qui traduit le caractère fictionnel de l’œuvre mais la pare d’une joyeuse qualité littéraire.

 

« Le plus crevant c’est le fardeau de la retenue chez tous ces tempéraments priapiques. Car ils n’en finissent plus de bander, tous autant qu’ils sont. C’est même cette érection permanente qui les a placés à ce niveau de pouvoir. Ils n’en peuvent plus de tendre leur froc sans avoir la liberté de sortir leur queue pour marteler leurs convictions. »

 

À travers les multiples parties du corps, Pennac convoque des émotions et des découvertes sans artifices dont la sincérité touchent le lecteur attentif. Le corps ne ment pas à l’esprit qui lui analyse pour en retirer des enseignements didactiques.

 

« R.D. pissait tout son saoul contre la portière ouverte de la voiture de patrouille, sa queue dissimulée par le pan de son imperméable. Évidemment, une telle liberté des sphincters face à l’autorité en action force l’admiration. »

 

Bien qu’ayant traversé des moments intenses ; résistance, premiers ébats, carrière professionnelle et vie de famille, le narrateur survole ces faits car ce qui compte réside plus dans la perception des émotions via le corps que des fanfaronnades de vie.

 

«  De quoi meurs-tu, bonhomme ? Du mal que t’es fait, de tes petits arrangements avec le néfaste, des bénéfices momentanés que tu as tirés de pratiques malsaines, de ton caractère, en somme, si peu tenu, si peu respectueux de toi-même. »

 

L’écriture de Pennac est distinguée mais légère, riche sans être pompeuse, elle use du mot juste avec bienveillance et honnêteté le tout teinté d’un humour élaboré. Le filigrane de la vie du narrateur apparait en pointillé sans qu’il ne devienne l’excuse du récit : c’est très ingénieux comme procédé.

« Les colloques ont toujours fait plus de cocus que de savants ! Nous rions, il s’étouffe, l’infirmière qui lui apporte ses cachets le gronde. »

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