The Iron Heel. Jack London

Publié le par Tactile

Le Talon de fer, pour les francophones, est une fiction-réaliste qui prend pour sujet la lutte des classes aux Etats Unis. Avec l’avènement du capitalisme, London a embrassé les thèses marxistes et adopte la doctrine socialiste. Dans Martin Eden déjà, l’auteur donne une analyse très poussée de ces thèses qu’il défend tout en en présentant les limites. Ici dans Iron Heel, London pousse plus loin l’utopie révolutionnaire.

 

« Children, six and seven years of age, working every night at twelve-hour shifts ? They never see the blessed sunshine. They die like flies. The dividends are paid out of their blood. And out of the dividends magnificent churches are builded in New England, wherein your kind preaches. »

 

Dans cet ouvrage, il est aisé de reconnaître la filiation avec Martin Eden. L’homme du peuple qui s’émancipe par le savoir et l’expérience de la vie part embrigader les classes aisées. Ici, il se nome Ernest Everhard. La fille du bourgeois ouverte d’esprit que Ruth Morse jouait dans Martin Eden devient Avis Cunningham et elle se mariera avec Ernest.

 

« The metaphysician reasons deductively out of his own subjectivity. The scientist reasons inductively from the facts of experience. The metaphysician reasons from theory to facts, the scientist reasons from facts to theory. The metaphysician explains the universe by himself, the scientist explains himself by the universe. »

 

Pour la première fois dans l’histoire de la littérature américaine, un auteur masculin offre la narration à une héroïne, ici Avis Everhard. C’est un exercice ardu pour London et honnêtement c’est loin d’être réussi. Il l’a dépeint tout d’abord comme une candide réservée, niaise à souhait, bourrée de principes bourgeois pour finalement, à travers un parcours initiatique intéressant, devenir une martyr de la révolution.

 

« That is why the workingmen will have nothing to do with the Church. The Church condones the frightful brutality and savagery with which the capitalist class tread the working class. »

 

Ernest se retrouve un jour invité par M. Cunningham pour débattre chez lui avec des gens éclairés de ce qu’est la doctrine socialiste. London lance alors Ernest à qui l’on retrouve un style à la Eden. Dans la discussion ce dernier est offensif, moralisateur et sentencieux.  La méthode fonctionne puisque le Bishop Morehouse, Avis et son père : M. Cunningham partent observer le prolétariat pour constater que le système social dont ils bénéficient fonctionne sur l’immense misère du prolétariat.

 

Plus en avant dans le récit de London, Ernest se retrouve au milieu des fauves, chez les Philomaths, les plus grands intellectuels et brillants orateurs de la société San Franciscaine. Face aux élites il donne une explication du socialisme et de l’inéluctable faille de la middle class, amenée à disparaître entre le prolétariat et la plutocratie. Vaincus par les mots, ses adversaires Philomaths, montrent les muscles et assurent de leur force en tant que classe dominante.

 

Mr Wickson : « We will show you what strength is. In roar of shell and shrapnel and in whine of machine-guns will our answer be couched. We will grind you revolutionists down under our heel, and we shall walk upon your faces. The world is ours. »

 

Tout le sens tragique du récit tient dans les premières lignes lorsque l’on sait qu’Avis et Ernest mourront terriblement sous les coups du talon de fer. Ce tragique tient tout au long du récit puisque Ernest est capable de prédire comment les uns et les autres vont agir et ce qui provoquera l’échec de la révolution socialiste aux Etats-Unis.

 

« And don’t forget that it is the press, the pulpit, and the university that mould public opinion, set the thought-pace of the nation. »

 

Tandis que les Cunningham et le Bishop Morehouse font l’amer constat de la vérité et du rejet de leur propre caste, Ernest décrypte en anticipation la disparition de la middle class par les Trusts, puissante machine capitaliste qui s’accapare les moyens de production tout en étant investi du pouvoir étatique (surtout celui du judiciaire). Aucune lutte à loyale n’est permise puisque les coups bas des oligarques pleuvent et ceux-ci détiennent la presse, l’éducation, la justice et le pouvoir financier.

 

L’idée est donc d’unir le prolétariat et la middle class mais dans une société humaine égocentrique, le talon de fer n’a aucun mal à faire régner sa loi : destruction des presses de propagande de gauche, sabotages d’usines par des mercenaires puis accusation des grévistes, condamnation de ces derniers, enfermement des opposants et division diabolique. Les oligarques donnent un tout puissant pouvoir, grâce aux avantages sociaux et financiers, aux syndicalistes de la métallurgie, des chemins de fers et des ouvriers qualifiés sans lesquels l’économie ne pourrait pas fonctionner. Ce petit monde privilégié deviendra une nouvelle classe à laquelle les prolétaires rêveront d’appartenir au prix d’une allégeance à la classe dominante.

 

« Every system founded upon class and caste contains within itself the germs of its decay. »

 

L’oligarchie légitime alors son pouvoir auprès de quelques uns et se permet d’investir ses bénéfices dans les Arts, en sponsorisant des artistes qui institutionnaliseront le pouvoir de cette caste. Pour s’assurer un confortable futur, les puissants formatent également le système éducatif afin que les jeunes honnissent les idées de gauche et embrassent la doctrine ultra-libérale.

 

« The horrid picture of anarchy was held always before their child’s eyes until they, in turn, obsessed by this cultivated fear, held the picture of anarchy before the eyes of the children that followed them. »

 

London a vraiment du mal à aimer ses contemporains autant qu’il aime ses chiens et loups. Les pauvres sont rustres et irresponsables ; les riches égoïstes et archaïques. Tout comme dans Martin Eden, il affirme la supériorité de son savoir sur toutes les classes et le fait avec mépris, orgueil. C’est un bouquin fastidieux à lire, avec trop peu de qualités littéraires pour rattraper l’ennui qui s’en empare. La narration d’Avis est disloquée, molle et peu humaine. Ca n’est donc pas une recommandation plaisir mais plutôt un livre qui intéressera les lecteurs d’Orwell ou d’Huxley puisque ces derniers avouent l’influence de ce récit dans leurs œuvres.

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