La chevauchée des steppes. Priscilla Telmon et Sylvain Tesson

Publié le par Tactile

La chevauchée des steppes est un livre co-signé par Priscilla Telmon et Sylvain Tesson, cosigné mais est-il co-écrit ? Je n’ai jamais lu Telmon mais Tesson si et ce bouquin est clairement biffé de sa plume. On y retrouve tout ce qui fait son style : poétiques descriptions, malicieuses remarques, abondantes citations, généreux récits historiques et une galopante narration.

« Otanché et sa famille, après avoir vécu entre herbe et ciel, déplaçant leur yourte ronde de pâture en pâture, autour des sommets pointus, tournent en cage dans leur maison carrée. »

Après tout, peut importe à qui doit-on la parenté de ce récit puisque c’est une aventure à 2, parfois à 3 mais toujours à cheval. Trois chevaux kirghizes pour être précis qui seront les personnages centraux de l’aventure. Nommés Ouroz, Bucéphale, Boris par Otanché il adoptent d’illustres patronymes.

« Il faut se frayer un passage dans un tableau de Friedrich. »

L’histoire de Telmon et Tesson est celle d’une chevauchée à travers le Turkestan, cette région d’Asie Centrale dont on ne connait pas grand chose qui s’étend du Kazakhstan au Turkménistan englobant Kirghizistan, Tadjikistan, Ouzbékistan. Parés pour la route les deux aventuriers partent sur les traces de Gengis Kahn et d’Alexandre le Grand.

« Engoncés dans nos capuches, nous ruminons tristement ce qu’il en coûte en déception d’aborder des terres inconnues en se fiant à des idées préconçues. »

Le décor est grandiose, hostile, extrême et dépeuplé. Les aventuriers traversent des plaines agraires, des cimes glacées, des déserts brûlés, des marécages pernicieux, des oasis improbables, d’antiques kolkhozes, des villes séculaires, et des aberrations agricoles. La main de l’homme est venue gâter le fragile équilibre de la nature jusqu’au confins des civilisations.

« Sous les tentes turco-mongoles nous devenons saouls comme des Polonais, avec une mauvaise vodka russe rehaussée de khumus kirghize. »

Mais l’aventure est aussi faite de rencontres. C’est en embrassant la tradition nomade de voyager à cheval que Telmon et Tesson reçoivent une hospitalité généreuse de la part des autochtones. L’accueil est le plus souvent généreux et bienveillant, on leur sert à boire et à manger, surtout à boire car si les nomades boivent du khumus (lait de jument fermenté), le Turkestan a longtemps été sous domination soviétique et la vodka est restée quand le mur est tombé.

« Comme s’ils s’étaient concertés, Boris et Bucéphale entreprennent alors, parfaitement synchronisés, devant les officiers médusés, de souiller l’esplanade du poste de douane. La seule pièce d’asphalte du pays parfaitement entretenue prend l’allure, en quelques secondes, d’une stalle décurie conchiée. Pisse et crottin fumant sur le goudron impeccable. Nous sourions, l’air innocent. »

L’influence russe se trouve également dans un découpage national absurde qui sépare un peuple uni durant plus de 1500 ans et qui désormais se cherche une identité dans la détestation du voisin. Aussi retrouve t-on cet héritage caucasien dans la bureaucratie que de petits fonctionnaires rigides se plaisent à conforter. Indolents et patients les deux aventuriers poursuivent leur route jusqu’à l’Oural, cette croûte de sel qui autrefois s’appelait mer.

« Il nous arrive de ressentir l’effet contre-productif de l’hospitalité ouzbèke. Ne pouvant concevoir qu’on fût rassasié, tenant la satiété pour une insulte, le refus de se resservir pour un affront et l’envie de dormir pour une faiblesse. »

Si l’on aime les aventures et les découvertes on ne peut qu’aimer l’œuvre de Tesson et ce livre s’inscrit tout à fait dans la collection de ses autres récits sur des terres extrêmes et peu explorées. La richesse du livre est de retracer par le voyage ce que les explorateurs d’hier ont accomplit tout en leur rendant hommage. Un très bon livre, comme toujours.

« La mer apparaît soudain. Une tache bleue. Noyée au ciel, tremblante à l’horizon, encore fragile et qui s’efface si on la fixe trop. »

Les illustres explorateurs ayant inspiré ce récit : Plutarque (Alexandre le Grand), Armin Vambéry, Ella Maillart et Peter Fleming, Guillaume de Rubrouck (moine franciscain), Nikolaï Prjevalski (explorateur du tsar), Fred Burnaby, Clavijo (émissaire espagnol), Bronislas Zalevski, Joseph Kessel, ...

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