Condor. Caryl Férey

Publié le par Tactile

Condor ; c’est le funeste nom du plan machiavélique de Pinochet lors des années de terreur au Chili. Le plan Condor a été conçu pour réduire au silence toute une classe politique héritée de la révolution d’Allende et des idées bolivariennes. Syndicalistes, intellectuels, artistes, communistes étaient systématiquement arrêtés, torturés et liquidés par la machine infernale de la dictature.

Si Pinochet a disparu sa mémoire et ses sbires demeurent. On les retrouve dans les instances politiques, au cœur des plus hautes sphères de l’État et aux postes clefs de la mondialisation à marche forcée. Le Chili avec sa géologie volcanique regorge de trésors minéraux qui aiguisent l’appétit ravageur des grosses multinationales. Et pour s’accaparer le trésor, autant avoir un pantin au sommet de l’État.

« Il s’était résigné à laisser les crimes de la dictature impunis mais chacune de ses cellules en était imprégnée. »

L’histoire de Caryl Férey prend source dans le quartier déshérité de La Victoria avec une série de meurtres d’adolescents inexpliquée. La police, comme toujours, laisse courir et c’est le père Patricio qui s’inquiète. Gabriela, une mapuche (indienne du Nord) a la révolte chevillée au corps s’intéresse à l’affaire et commence à documenter ces meurtres. Son ami Stefano, un ancien du MIR (garde rapprochée d’Allende) reconverti en projectionniste suite à son exil forcé, l’aide dans sa quête. Ensemble ils vont aller trouver un avocat cuico (riche blanc) qui s’engage corps et âmes dans cette aventure : Esteban Roz-Tagle.

L’histoire file de quartier en quartier dans Santiago, s’étirant jusqu’à Vina del Mar et Valparaiso pour finir à Atacama, le joyau minéral du Chili. Des personnages vraiment marqués et hauts en couleurs se croisent au fur et à mesure de l’histoire qui mêle si bien le passé, le présent et l’avenir au pays des extrêmes.

« Dites, ça vous dérange si je vous appelle Gab ? lui lança t’il. – Pourquoi, vous n’aimez pas Gabriela ? – Si, beaucoup, mais Gab c’est comme si j’en gardais un petit bout pour moi… »

Le récit est entraînant, le rythme endiablé et l’intrigue captivante. Malgré quelques passages un peu fleur bleue ce livre est un régal qui rappelle Mapuche (du même auteur) et Jana son héroïne. Il y a une véritable signature littéraire chez Férey, un auteur qui s’escrime à faire vivre la mémoire des crimes de Pinochet tout en nous divertissant d’épopées vengeresques.

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