Chiens sales. François Barcelo

Publié le par Tactile

Carmen Paradis habite sur une petite île, loin de tout ; au Quebec. Une quiétude choisie et qui l’a ravie mais une quiétude vite dérangée. François Barcelo pose son histoire dans la Province Libre, avec un décor bucolique achalandé de trublions en tous en genres. Carmen gratte sa guitare tout en chassant de sa tête les souvenirs d’une rupture récente lorsque Roméo, un jeune désœuvré du coin, vient l’interrompre.

S’en suit un carnaval de personnages plus fous les uns et que les autres. Ti-Méné, Armand, Gina, leur bande de contrebandiers, la mairesse, les ornithologues français, et surtout ces sales chiens. Si chaque pays affuble ses forces de sécurité d’un surnom à l’image de l’amour qu’il lui porte, au Quebec, ce sont les pauvres canidés qui servent l’analogie.

L’histoire s’emballe très rapidement, jusqu’à un bain de sang qu’on aurait pu croire fatal à Carmen et Roméo. Les flics sont dans la panade, ce carnage est de leur faute, le type est sorti avec un drapeau blanc au bout d’un balais. Pour maquiller cette connerie il leur faudra en faire une plus grosse. Mais nos deux « héros » ne sont pas cibles faciles.

« Je ne suis pas très douée pour l’indifférence, mais Roger, lui, garde un visage fermé, imperméable à toute émotion. Il est très doué pour jouer la froideur. Je l’aime comme ça, parce que je n’ai pas le choix de l’aimer autrement. »

Lorsque tout est perdu, que tout le monde ment, mieux vaut suivre son instinct et pourquoi pas Roméo ? Carmen s’échappe inlassablement des griffes de la police spéciale qui elle, s’engouffre dans toujours plus de crimes. Une fois réunis, ils s’éloignent de Montréal pour se rapprocher l’un de l’autre. Il n’y a plus de filtre, la peur et la mort ont fait tomber toutes les barrières, il n’y a plus que deux humains assoiffés de vivre.

« Et je prends son gland dans ma bouche. J’aspire pour tout avaler. Je mordille doucement. Je vais et je viens. Je lèche le bout, puis le reste. Il me semble que ça gonfle un peu. Non, c’était une fausse alerte. Oui, ça durcit ! Un peu. Un peu plus. Ma bouche s’allonge au maximum. Voilà, ça y est tout à fait. J’ai vaincu les effets psychologiques de la séropositivité. »

Un roman fou, comme le sont les personnages, totalement déraisonnable mais juste. Tout est un délice, le rythme, les personnages, les dialogues, l’intrigue… avec supplément sauce piquante. Collection de Noire de Gallimard, encore un sans-faute.

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