Je t’aime Albert. Charles Bukowski

Publié le par Tactile

Bienvenue dans le monde de Buk. Le grand Charles publie en 83 un recueil de 36 nouvelles (Hot Water Music) dans lequel s’entremêlent des histoires dont la trame même est une signature. Cet univers sombre, crasseux et violent où l’alcool est le métronome de l’existence, est le quotidien de l’artiste, le décorum de ses œuvres.

« Il entendit Louie vomir dans la salle de bain et de l’entendre, ça le fit repartir. Il prit un sac en papier vide et chaque fois que Louie dégueula, il dégueula. Presque à l’unisson. »

Cette frontière qui existe entre fiction et biographie est ici réellement floue. Peu comprennent, beaucoup sont choqués. L’écriture de Buk est sans fioritures, comme un grand coup de surin en pleine poitrine et pourtant la beauté est là, au cœur des mots, de leur subtil assemblage d’une justesse qui touche. Personne n’est insensible à cette écriture, que l’on aime ou que l’on déteste.

« - HÉ ! LE GROS ! hurla de nouveau Louie. JE PARIE QUE SI TU PÈTES, TU VAS EXPÉDIER DES ALGUES D’ICI AUX BERMUDES ! – Louie fit Erie, y’a pas d’algues dans la piscine. – Y A PAS D’ALGUES DANS LA PISCINE, LE GROS ! T’AS DÛ TE LES ENFONCER DANS LE CUL. – Oh mon dieu, fit Eric. Je suis écrivain parce que je suis lâche et je me retrouve confronté à la perspective d’une mort soudaine et violente. Le plus gros des deux hommes sortit de la piscine suivi du moins gros. Ils les entendirent monter les marches. Plop, plop, plop. Les murs oscillaient. »

Pour ma part c’est une relecture, un énième Buk, un énième émerveillement. Comment fait-il pour sortir tant de beauté dans la grossièreté de ses mots ? Avec l’honnêteté où le « je » est parfois ridicule, souvent faible, systématiquement bourré mais sincère, objectif. On ne retrouve pas l’once d’un apitoiement ni même du moindre remord, la vie est ainsi avec son lot de joies et de misères, il suffit d’en rendre compte au travers de la littérature.

« Francine s’est tournée vers lui et il l’a enlacée. Les ivrognes de 3 heures du matin, dans toute l’Amérique, fixaient des murs après avoir fini par renoncer. {…} Une nuit, une chaude nuit d’été, un jeudi, on devient un ivrogne, on se retrouve seul dans une chambre minable, et peu importe qu’on ait déjà connu ça, ça ne sert à rien, et c’est même pire, parce qu’on s’était dit que ça n’arriverait plus jamais. Tout ce qu’il reste à faire, c’est allumer une autre cigarette, se servir un autre verre, regarder les murs qui s’écaillent pour voir si on y découvre un visage. »

Les personnages de Bukowski sont des parias, des marginaux que l’Amérique puritaine répugne et cache, lui opposant le modèle capitaliste et la réussite sociale. Buk et ses créations sont là pour nous rappeler l’hétérogénéité de la société et la sensibilité des Hommes. Après tout, chacun n’a-t-il pas droit à son petit lopin de bonheur à cultiver ?

« J’ai reposé le téléphone et fermé les yeux. Il n’était que 10h45 et je dors toujours jusqu’à midi. On a la vie qu’on se fait. »

Je ne le redirai jamais assez : lisez du Bukowski, essayez tout du moins. Les oreilles chastes s’en détourneront, les autres seront touchés par la beauté de l’écriture. Autorisez-vous cette catharsis dans les excès, ce tour imaginaire dans le Los Angeles mal famé des années 80. Laissez-vous happer par l’humour de Buk et émouvoir par sa sincérité. Lisez du Bukowski.

« Elle avait de longs cheveux et elle était bien foutue. Elle portait un manteau en imitation fourrure et un petit chapeau en fourrure. Je l’ai regardée rejeter la tête en arrière après avoir tiré sur sa cigarette. Elle soufflait la fumée comme si elle était experte en certaines choses. Le genre qu’on prend plaisir à fouetter à coups de ceinture. »

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