Une odyssée américaine. Jim Harrison

Publié le par Tactile

L’odyssée américaine de Jim Harrison se vit à travers les yeux de Cliff, un sexagénaire fraîchement célibataire. Délesté de tout ce qui entrave un homme, ce narrateur peu conventionnel part en goguette sur les routes des États-Unis. Dans sa tête : les souvenirs s’empilent. Dans ses poches : les morceaux d’un puzzle américain, une pièce par État qu’il égrènera au fil de son voyage.

Cliff part seul du Michigan, direction l’ouest où son fils Robert vit désormais. En chemin, il retrouvera Marybelle, une ancienne étudiante nymphomane avec qui il fera un bout de route. Avant d’être un agriculteur sans terre, Cliff était prof de lettres pendant 20 ans il combine amour de la nature et justes mots. Pour chaque État qu’il traverse, il va attribuer une nouvelle devise et un nouvel animal emblème. Un petit jeu qui l’amuse plus que de culbuter tous les jours la lubrique Marybelle.

« Quand j’ai quitté la chambre elle était allongée sur le ventre, prête à passer un autre coup de fil dans une posture aguicheuse, la culotte coincée dans la raie des fesses. C’était là un cul capable de déclencher une guerre, et je me suis senti très privilégié d’en avoir l’usage momentané »

Les vastes panoramas du Midwest sont de formidables espaces d’observation pour Cliff et les rivières déchaînées : des spots de pêche à la mouche de premier choix. De nouveau seul, cette solitude l’enthousiasme et le revigore ; il est à peine dérangé par la frénésie du monde extérieur. Ses observations sans jugement ni émotion sont le fruit de ses heures de contemplation dans une nature sauvage qui le tient joyeux.

« J’ai aussitôt jeté aux orties toutes mes années de fidélité. Dr. A prétend que la fidélité conjugale fait partie du contrat social mais que l’esprit humain est en réalité un marigot de sexualité vagabonde. »

Jim Harrison nous fait découvrir un bout du pays plutôt délaissé des touristes et pourtant majestueux. Sans emphases ni formules alambiquées, nous voilà prit dans la douce prose de l’auteur, une écriture sobre et humble qui provoque de la sympathie et le sentiment de faire partie d’un tout. Oui, Harrison est universel, il s’adresse à la part d’enfant que l’on a chacun encore au fond de nous, à nos émotions simples que la beauté éphémère peut impulser.

« Debout sur le parking sous les rideaux de pluie, j’ai pris une douche revigorante, ne désirant rien d’autre sur terre que d’être trempé et au frais, humant la chaleur qui disparaissait du paysage rocailleux pour laisser place à l’odeur forte de la pluie. »

Une belle balade que nous offre ce livre. Une balade sur les routes désertes américaines et dans les méandres de la vie de Cliff. Avec son écriture juste et harmonieuse, Harrison propose un récit honnête que seuls les traducteurs français s’acharnent à gâter. Le titre original « English major » (prof de lettres) est devenu une odyssée américaine ce qui est loin d’être le cas. Message aux terroristes de la traduction : changez de métier pignoufs !

« Papa disait toujours que nous aimons les rivières parce que c’est ce dont nous sommes faits, nos vaisseaux sanguins, nos veines et nos artères sont en quelque sorte des rivières. »

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