La Peste. Albert Camus

Publié le par Tactile

42449621.jpgLa Peste pourrait être une oeuvre dramatique qui serait jouée sur les planches d'un grand et triste théâtre. En 5 parties (ou actes), Camus se livre à une étude objective d'une macro-société confrontée à une grave épidémie de peste. Le style fait penser à Levi (Primo) et à Hemingway en plus trainant, l'exercice littéraire n'est pas aisé car il essaie de colorer son "étude" avec des personnages qu'il effleure pour teinter son récit sans rentrer dans leur intimité.

Le narrateur, le docteur Rieux, se retrouve en première ligne avec l'épidémie et nous relate le développement de la maladie. La situation initiale : Oran, l'Algérie française de 1947, une ville sans saveurs, sans remous, avec des gens simples peu expansifs, quelconques. Ensuite vient le temps des rats qui se mettent à mourir dans les rues de façon très étrange. Puis l'épidémie s'étend aux premiers humains, dans l'ignorance et le secret. On a peur de nommer le fléau. Par la suite, la ville est contaminée avec une croissance exponentielle de morts, des mesures sont prises et notamment la fermeture des portes de la cité. Enfermé le peuple agonise brutalement dans l'angoisse et la folie. La fin est simple, le fléau disparaît comme il était apparu.

Si je me permet de relater l'épilogue, c'est que là n'est pas l'intérêt du livre, aucun suspense ni émotion ne prend part à l'ouvrage. Ce qui est vraiment intéressant est l'étude sociologique de la population d'Oran. Comment un peuple si quelconque devient passionné et fougueux lorsqu'il est confronté à la séparation, à l'attente et aux fluctuations de l'espoir ?

Le sentiment d'injustice vient s'entrechoquer avec celui de la culpabilité et la religion cherche dès lors à expliquer le fléau. Des dialogues entre des personnages mettent en emphase de grandes questions métaphysiques nées de l'absurde de la situation, notamment celles entre Rieux et Rambert. Ce dernier est un journaliste coincé ici par hasard et qui se retrouve enfermé à Oran, loin de son amour et de sa vie. Le sujet du dialogue entre la passion et la raison, le coeur et le cerveau est ainsi développée par le scientifique et le littéraire.

"Non, dit Rambert avec amertume, vous ne pouvez pas comprendre. Vous parlez le langage de la raison. Vous êtes dans l'abstraction."

Enfin, beaucoup d'analyses ont fait le parallèle entre la Peste et l'occupation nazie dont Camus à été témoin (résistant pendant la Grande Guerre). Le champ lexical en est empreint : collaboration, libération, victoire, liesse populaire, camps de la mort, mouroirs, ligne de démarcation, propagande, sournoiserie….

Un livre à lire au moins une fois dans sa vie, comme tous les Camus.

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