Mapuche. Caryl Férey

Publié le par Tactile

Un chef d’œuvre, du bonheur pour les yeux et un bouquin justement primé. Le plus beau c’est quand on se laisse avaler par l’histoire et que les 570 pages tombent comme des mouches. Tomber comme des mouches c’est bien le sujet du roman puisque Férey utilise la forme du polar pour parler des milliers de morts de la dictature de Videla (Argentine). Prisonnier de son passé et de ses secrets le peuple argentin cherche un sens collectif à son histoire tumultueuse.

 

À travers cette fiction, Férey tisse un lien entre le passé et le présent tout en nous enrichissant de faits historiques pertinents. De l’époque des conquistadors arrivés avec la poudre et leurs curetons jusqu’à la dictature militaire et ses bourreaux, l’Argentine a vécu trop de drames qui ont décimés ses peuples autochtones et ses penseurs subversifs.

 

Jana est une descendante Mapuche, peuple quasi exterminé par les espagnols et le capitalisme. En quête d’une vie meilleure elle arrive à Buenos Aires pour tenter de vivre de la sculpture. L’existence s’apparente à de la survie : squat, tapin, galères et l’entraide qui est essentielle. Rubèn Caldéron fait lui partie des victimes de la dictature : enlevé, torturé puis relâché il est devenu détective et consacre tout son temps aux crimes de la dictature.

 

À priori tout oppose ces deux protagonistes aux origines ethniques, sociales et géographiques différentes. Pourtant la souffrance et un sentiment d’injustice les unissent. Férey nous présente ces deux personnages de façon distinctes à travers plusieurs chapitres pour finalement les faire se rencontrer à travers un double meurtre : celui de Luz un travesti ami de Jana et celui de Maria Victoria Campallo une richissime héritière.

 

Caldéron mène l’enquête avec le concours de Jana et d’une amie fiable dans cette police corrompue : Anita. L’histoire contée mêle les disparitions d’enfants sous la dictature et les meurtres actuels. La police est pourrie, le passé trouble et les salauds : omniprésents. L’enquête sent la poudre, l’hémoglobine et se nappe de sentiments extrêmes : passion, violence, haine, vengeance.

 

Tout à fait remarquable et très bien traduit le livre de Férey mérite d’être cité à longueur de temps pour la beauté humble de son écriture mais impossible. On se laisse emporter dans l’histoire sans pouvoir arrêter cette boulimie de lecture qui nous empoigne. Alors les pages tombent comme des mouches, comme des morts.

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