Train d'enfer pour Ange rouge. Franck Thilliez

Publié le par Tactile

« La pluie chaude d'un orage d'été attaque avec caractère les pavés glissants du Vieux Lille. Plutôt que de chercher un abri, je préfère contempler les traits d'eau qui s'engagent dans les sillons des tuiles ocre, s'accrochent aux gouttières en perles d'argent pour ensuite venir danser au creux de mes oreilles. »

C’est avec Train d'enfer pour Ange rouge que Thilliez campe pour la première fois son iconique personnage de Franck Sharko, un quarantenaire commissaire au 36 Quai des Orfèvres. Le protagoniste nous entraîne, à la première personne, dans son univers en rouge et noir où le Mal répand son génie destructeur. Mais Sharko connaît déjà les affres de la souffrance : il est sans nouvelles de sa femme Suzanne disparue il y a 5 mois, ces affaires vont le poursuivre jour et nuit.

« Pour vaincre la routine, m'éjecter du terrain plat qui guide notre vie jusqu'à la mort sans une seule bosse, sans le moindre creux. Oui, j'aime la traque, le sang et l'odeur d'un assassin. Enfin, une partie de moi l'aime, et c'est certainement la plus mauvaise, mais c'est aussi la plus forte, celle qui prend le dessus, comme le jumeau dominant dans le ventre maternel... »

Cette première enquête aux côtés de Sharko s’annonce effroyable, d’une violence à choquer les yeux prudes du lecteur non initié au style. La police retrouve le cadavre ligoté façon shibari d’une femme mutilée et mise en scène. Le commissaire va faire face à une série choquante de meurtres très soignés et se frotter à un tueur qui a toujours 2 coups d’avance sur la police.

« L'Homme sans visage... Un rapiéçage de cruauté démesurée, un souffle de feu qui se déplaçait de corps en corps, de victime en victime, abandonnant dans son sillage mort et désolation. Un esprit voué au Diable, aux pires horreurs de ce monde, transformant même ce pire en inconcevable, par le biais d'une seule couleur, le pourpre. »

Grâce à son instinct mâtiné d’expérience et entouré d’une équipe de spécialistes, Sharko se lance à la poursuite d’un tueur méthodique et qui ne laisse que des miettes à la police. Ses adjoints Sibersky et Crombez l’accompagnent dans les situations les plus périlleuses tandis que l’experte en psycho-criminalité Elisabeth Williams cherche à établir le profil du tueur. Sa voisine, Doudou Camélia qui a d’étranges visions va également l’aider à progresser dans une enquête qui patine.

« Le jour de la mort de Doudou Camélia creusa un sillon de feu dans les lignes tourmentées de mon esprit et jamais, jamais, le futur ne chasserait les horreurs que j'avais vues ce jour-là.. »

Violence extrême, torture, sexe et raffinement rare dans l’ignominie donnent une couleur vermeil à ce roman intense. Sharko endosse la narration et encaisse les coups durs. Son impuissance à régler cette affaire où les cadavres mutilés s’empilent, couplée à la disparition inquiétante de sa femme le mèneront dans les tréfonds de Paris au plus proche de la noirceur de son âme, pas loin du geste irréparable qui l’éloignerait de son omniprésente souffrance. C’est magistral, ça prend aux tripes comme peu d’œuvres savent le faire, c’est du Thilliez.

« Je piochai une bouteille de whisky - du Chivas quinze ans d'âge - derrière le petit bar en rotin et m'expédiai un premier verre bien serré sans même réellement apprécier le goût antique des terres vieillies. Je renouvelai l'opération plusieurs fois, jusqu'à ce que mes pensées prissent envol autour de moi, comme des mouettes qui chahuteraient au vent. »

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