Éloge de la fuite. Henri Laborit

Publié le par Tactile

« Il n'y a pas d'objectivité en dehors des faits reproductibles expérimentalement et que tout autre que nous peut reproduire en suivant le protocole que nous avons suivi. Il n'y a pas d'objectivité en dehors des lois générales capables d'organiser les structures. »

Henri Laborit est un scientifique, initialement chirurgien, il se passionne par l’étude biologique des comportements et les connexions neuronales. Son approche est à la fois cartésienne et philosophique dans cet essai qui l’a fait connaître. Cet ouvrage lui permet de réfléchir aux rapports humains en partant de leur matière grise.

« Ce qui peut être universel, c'est la façon dont le contexte social détermine un individu au point qu'il n'en est qu'une expression particulière. »

Laborit décrit les humains comme des mammifères doués de systèmes limbiques dont la mémoire est liée à la gratification par nos semblables. Ce processus induit inévitable une notion de domination et de hiérarchie, les uns étants soumis aux autres via la gratification. Toute organisation humaine est ainsi hiérarchisée, aussi, afin de s’en affranchir, seule la fuite semble être une option viable pour l’auteur.

« Il y a plusieurs façons de fuir. Certains utilisent les drogues dites psychotogènes. D'autres la psychose. D'autres le suicide. D'autres la navigation en solitaire. Il y a peut-être une autre façon encore : fuir dans un monde qui n'est pas de ce monde, le monde de l'imaginaire. »

Pour faire société et rester normal, Laborit propose trois solutions : la lutte, la fuite ou la soumission. À travers différents sujets corollaires de notre condition humaine (amour, politique, foi, culture, sens de la vie, le plaisir, le travail, etc), Laborit va développer son idée selon laquelle l’humain n’a au final aucun autre meilleur choix que la fuite (dans les drogues, la psychose, le suicide-dans l’imaginaire notamment l’art, la recherche scientifique).

« L'AMOUR. Avec ce mot on explique tout, on pardonne tout, on valide tout, parce que l'on ne cherche jamais à savoir ce qu'il contient. C'est le mot de passe qui permet d'ouvrir les cours, les sexes, les sacristies et les communautés humaines. »

L’amour est un mot à double facette. S’il apparaît d’abord comme positif car vecteur d’émotions gratifiantes, il est aussi le prétexte à la génération de sa chimère : la haine suivie de la mort. L’amour de la patrie, l’amour de dieu par exemple ont mené aux croisades, à l’inquisition, aux guerres et à la torture.

« Décrire l'amour comme la dépendance du système nerveux à l'égard de l'action gratifiante réalisée grâce à la présence d'un autre être dans notre espace, est sans doute objectivement vrai. Inversement, la haine ne prend-elle pas naissance quand l'autre cesse de nous gratifier, ou que l'on s'empare de l'objet de nos désirs, ou que l'on s'insinue dans notre espace gratifiant et que d'autres se gratifient avec l'être ou l'objet de notre gratification antérieure ? »

L’amour est aussi le reflet narcissique que l’on cherche en nous-même, c’est également une notion fragile puisqu’elle requiert l’assentiment d’un autre humain et peut engendrer de la dépression, de l’agressivité ou du dénigrement. L’amour est aussi narcissique car il provoque la satisfaction de nos pulsions et à ce titre s’oppose à l’altruisme supposé en découler.

« Les dominants ont toujours utilisé l'imaginaire des dominés à leur profit. Cela est d'autant plus facile que la faculté de création imaginaire que possède l'espèce humaine est la seule à lui permettre la fuite gratifiante d'une objectivité douloureuse. »

Comme tout essai philosophique surtout lorsqu’il est présenté par un scientifique, cet ouvrage est assez fastidieux à lire. Il faut se concentrer, parfois relire et s’y pencher à l’heure du coucher vous fait vite sombrer dans les bras de morphée. Pourtant original et riche d’opinions argumentées L’éloge de la fuite est remarquable car exhaustif. Accrochez-vous et plongez-y.

« Le racisme est une théorie biologiquement sans fondement au stade où est parvenue l'espèce humaine, mais dont on comprend la généralisation par la nécessité, à tous les niveaux d'organisation, de la défense des structures périmées. »

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