Le dernier ermite. Michael Finkel
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États-Unis, dans le Maine à la frontière Atlantique avec le Canada règne la culture des grands espaces. La nature y est omniprésente, bardée de lacs eux-mêmes bordés de denses forêts primaires. La famille Knight y est implantée depuis plusieurs génération et vivote dans son coin de terre sans trop se mêler aux autres. C’est dans ce contexte qu’a grandi Christopher Knight, jeune adulte solitaire et éclairé. En 1986, il a 20 ans lorsqu’à court d’essence et sur un coup de tête il abandonne sa voiture pour s’enfoncer dans les bois.
« À mon sens, deux des plus grands plaisirs de la vie sont le camping et la lecture - et le nec plus ultra, ce sont les deux en même temps. L'ermite semblait partager ces mêmes passions, mais à une échelle exponentielle. »
Durant vingt-sept années, Christopher Knight mène une vie de complète solitude survivant de larcins dans les cottages alentours et restant caché au cœur de la forêt. Pendant presque trois décennies et jusqu’à son arrestation par Terry Hughes il est devenu L’ERMITE, l’anachorète : l’étranger dans les bois (The Stranger in the Woods) puisque c’est le titre original avant qu’il ne soit une nouvelle fois violé par un traducteur arrogant. Christopher Knight a survécu au froid sans feu, à la faim et à la surveillance accrue de ses victimes alentours.
« J'ai ri, et son visage s'est animé d'une ébauche de sourire. Nous venions d'établir un lien, ou, du moins, le malaise du premier abord se dissipait un peu. »
L’hiver il restait reclus, trop effrayé de laisser des empreintes dans la neige ou de faire un feu pour se réchauffer. L’été il se cachait des vacanciers venus profiter de leurs bungalows au bord du lac. C’est durant les inter-saisons qu’il partait piocher ses réserves de nourriture, batteries électriques, vêtements, bouteilles de gaz et livres. Sans froisser la moindre fougère, sans briser la moindre branchette, il se mouvait telle une ombre jusqu’aux maisons délaissées pour y entrer avec talent. Tout est méticuleux dans sa façon de faire et bien qu’il vole les gens, Knight tient à plusieurs points d’éthique qui font de sa personnalité un personnage sensible et mystérieux.
« Jamais il ne s'ennuyait. Il n'était pas sûr, disait-il, d'avoir même jamais compris la notion d'ennui. Elle s'appliquait uniquement aux gens qui avaient le sentiment de devoir s'occuper en permanence, autrement dit la majorité d'entre eux »
Lorsqu’il est capturé, en 2014, il avoue tout sans se chercher d’excuses. Il accepte sa peine et fait preuve de conscience, même de remords. Son histoire fascine le public et en particulier Michael Finkel, journaliste freelance attiré par l’ethnologie et les peuplades reculées de notre civilisation. Finkel écrit à Knight emprisonné. Contre tout attente ce dernier lui répond et ils se rencontrent pour des parloirs réguliers. L’auteur a compilé ces échanges avec l’étranger des bois, cet ermite ultime qui a tout fait pour vivre sans aucun contact humain, renonçant même à se parler à lui-même, à écrire ou créer, juste être dans la contemplation du moment présent.
« Tout bouge, sans relâche et à la vitesse de l'éclair. C'est trop tapageur. Trop mouvementé. Cette absence d'esthétique. Cette crudité. Ces inepties. Ces futilités. Ces aspirations et ces buts qui ne riment à rien. »
Michael Finkel produit un récit de style documentaire sur le fascinant Christopher Knight. Arrangé en chapitres thématiques il soulève plusieurs questions inhérentes à la condition d’ermite. Ça n’est ni romancé, ni inventé, il faut le lire comme une étude ethnologique à mono-sujet. De nombreuses questions sont posées sur nos sociétés contemporaines, la vie solitaire, nos rapports à la nature ou à notre vie-intérieure. Agrémenté d’exemples, le livre prend de l’épaisseur et soutient la version de Knight qui semble être sincère et honnête. Une histoire passionnante.