Le mambo des deux ours. Joe R. Lansdale

Publié le par Tactile

Suite de la série de Lansdale avec Hap Collins et Leonard Pine. Ce troisième opus prend d’un coup beaucoup de consistance et nos héros beaucoup de coups tout court. Ce récit réussit à faire mieux que les deux précédents tout en offrant la possibilité de les lire dans le désordre. Plus drôle, plus percutant, plus saignant, plus profond, on y découvre un Hap Collins (le narrateur) encore plus sensible et spirituel, toujours dénué de toute ambition et pourtant amoureux de la contemplation romantique. Son humour est toujours plus affuté : on se marre à la lecture de cette aventure.

« Leurs expressions avaient la douceur et l'amabilité d'un cran d'arrêt. L'un d'eux avait un œil entouré d'une espèce de croûte dégueulasse, du genre coulée de lave d'un volcan en activité. Ces gars-là devaient passer leur temps libre à briser le cou des chiots et à planter des cintres dans le fion des chats pour les faire cuire à la broche. »

Retour dans l’East Texas, de nouveau en hiver quand le froid fige le décor et gèle les fêlés qui s’aventurent dehors. L’ex de Hap, la sulfureuse avocate afro-américaine Florida, a disparu. Son nouveau compagnon, Hanson le flic de L’arbre à bouteilles ne peut pas s’impliquer directement alors il demande à Hap et Leonard de partir à sa recherche. Florida a disparu alors qu’elle était à Grovetown, un patelin figé à l’âge de la ségrégation raciale, contrôlé par le Ku Kux Klan. Elle y cherchait un scoop à propos de la mort suspecte d’un détenu noir célèbre : Bobby Joe Soothe, elle n’y trouvera que des problèmes.

« - Fusil de chasse. Démonté et emballé dans du plastique. Plus deux revolvers et deux Winchester trente-trente pas démontées. Des munitions. Tout ça est dans le coffre. - Et l'hélico ? - Dans le coffre aussi. »

Sans peur, sans plan, voilà que Hap et Leonard débarquent à Grovetown sur les traces de Florida. Ils sont calibrés mais pas prêts à affronter cette ville qui suinte le racisme généralisé et non caché. Ici il n’y a pas de noirs alors Leonard attire forcément le regard avec son attitude insoumise, son port altier et son humour provocateur. Les deux copains ne mettent pas longtemps à s’attirer des ennuis et leur immense confiance en eux-mêmes pourrait bien s’effriter sur l’écueil Grovetown.

« Bon sang ! Voilà que je jugeais de nouveau des mecs que je ne connaissais ni d'Ève ni d'Adam. Je commençais à ressembler à ces gens que je méprisais. Ces deux types étaient sans doute des physiciens nucléaires en vacances. Ils s'étaient arrêtés ici pour s'imprégner de l'atmosphère accueillante du lieu... »

Le récit d’une violence inouïe offre de délicieuses parenthèses soupoudrées de rigolade et de franche camaraderie. Les répliques sont cinglantes autant que brillantes, les deux héros ne renoncent jamais au bon mot même dans les moments où fermer sa bouche et faire profil bas a tout de l’option raisonnable. Mes ces deux gaillards ne le sont pas, jamais et c’est ce qui va leur attirer un paquet d’ennuis. Fiers et obtus ils ne refuseront pas le combat mais cette aventure marquera à jamais la suite de leurs aventures.

« Les clichés avaient la vie dure : parce qu'ils étaient trop proches de la vérité. Je les observai vraiment pour la première fois. C'étaient deux gros cons. Pas des physiciens nucléaires. On aurait dit des serre-livres sur l'étagère des westerns porno. Deux stupides fachos. »

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