CASA BIANCA. Jacques de Saint Victor
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Jacques, le narrateur/auteur et Michela forment un couple franco-italien de cinquantenaires. Ils sont universitaires, lettrés, cultivés et chaque été partent en vacances sur la côte Adriatique. Las de ce tourisme classique, leur couple s’essouffle, les disputes viennent comme des coups de chaleur : ils ont besoin de changer d’air. Puisque les hôtels deviennent épuisants nerveusement ils décident de chercher un bien en villégiature à acquérir dans la région. Hélas, rien ne convient dans ce coin.
« Les pays de pierre sont pauvres mais ont su conserver leur histoire ; c'est peut-être ce qui les rend plus attachants. Ils gardent les vestiges d'un monde de l'enfance. Ici, tout était resté à hauteur d'homme. »
Michela est née dans le Tarente, cette région des Pouilles vers Lecce plutôt délaissée des touristes pourrait les décider d’autant qu’ils sont les héritiers d’une partie d’un vieux couvent : la Casa Bianca. C’est dans cette maison de famille que Michela passait ses vacances. Jacques, amoureux de l’Italie, de l’histoire et théoricien de la mafia est tout à fait emballé : au lieu d’acquérir ils restaureront. Primo : il faudra déloger cet étrange cercle de jeu qui « loue » une partie du couvent. Secundo : faire réhabiliter quelques mètres carrés par les entrepreneurs locaux. Tout une aventure.
« Alors, oui, parfois, comme Stendhal, je me mettais à rêver de l'Italie. C'était pour moi une France parfaite. Une France débarrassée de tous ses ridicules et de toutes ses rancunes amères. Et donc une Italie évidemment imaginaire. Un pays sans prétention, sans crise d'identité, sans casse-tête postcolonial et autres questions infernales... »
Quelques années plus tard, le couvent peut les accueillir pour leurs très longues vacances d’été. Michela retrouve la paix tandis que le narrateur, Jacques, s’imprègne de son environnement. Il se construit de nouvelles habitudes au paese et des connaissances aussi. Il y a Pippi le marchand de journaux, Laura la maraîchère, Bianca la femme de ménage, Matteo l’architecte, le Sindico le maire du village… et puis il se plonge dans la lecture des mémoires du zio, l’oncle de Michela. Cette lecture, à première vue ennuyeuse, lui offrira beaucoup de distractions tant il découvre de secrets au paese.
« À Paris, j'avais parfois pris les solitaires pour des misanthropes. « Il n'est pas sociable. » Je me trompais : celui qui se tient à l'écart du monde parce qu'il souffre de sa futilité, et plus encore de son inauthenticité, n'est pas plus condamnable que le mondain, celui qui recherche la fréquentation de tous mais n'est sincère avec personne. Nombre de solitaires veulent simplement préserver leur authenticité. »
Jacques de Saint Victor produit un ouvrage léger, rythmé et remplit de références littéraires, culturelles tout en s’abstenant d’être pompeux. Des mots italiens sont glissés çà et là mais il prend soin de les traduire et on en écoute la musicalité. On se cultive avec malice et on apprend tout en riant. L’histoire conte avec mélancolie des racines et d’un Sud profond, méconnu, baigné dans sa lumière nostalgique, parfois poussiéreuse mais tellement vivante.