Les ombres de Katyn. Philip Kerr

Publié le par Tactile

Mars 1943, l’Allemagne nazie s’enlise en Russie avec l’échec de l’opération Barbarossa et la défaite de Stalingrad. Dans une partie du Bloc Est occupée, à Smolensk précisément, l’occupant allemand trouve les restes humains d’officiers polonais assassinés et enterrés à la va-vite. Face à ce qui ressemble à un crime de guerre et à un moment de grande tourmente militaire, le Ministère de l’éducation du peuple et de la propagande sous l’égide de Joseph Goebbels va diligenter une enquête internationale pour démontrer le péril rouge symbolisé dans ce massacre. Jo le boiteux a donc besoin d’un enquêteur tout autant que Kerr a besoin de Bernardt Gunther.

« D'après mon expérience, caporal, le meilleur travail de police est celui qui n'a l'air de rien et qui est toujours vite oublié. »

Bernie est le personnage favori de Kerr. Ce berlinois farouchement antinazi et aux idées bien tranchées fut un grand flic à l’Alex avant de devoir la quitter la police de Heydrich pour l’armée et le bureau des Crimes de Guerre. Cette entité à visée politique doit faire le ménage dans ses rangs tandis que paradoxalement elle organise la Shoah. A Smolensk ce sont quelques corps puis plus de 4000 officiers polonais et davantage ensuite qui sont déterrés de la forêt de Katyn au début du printemps 43. Accabler les russes pour ce massacre semble la tâche la plus simple de cette triste histoire pour l’inspecteur Gunther.

« C'est comme je dis toujours, Werner. Il n'y a rien d'aussi décevant que de découvrir que nos amis et nos voisins ne sont pas plus malhonnêtes que nous. »

Le tournant de la guerre avec la retraite russe engendre beaucoup de questions et nombreux sont ceux qui voudraient débarrasser le monde du petit peintre viennois raté. Ratés seront aussi le nombre d’attentats allemands contre lui. Sous fond de faits et de politique, Kerr créé un roman sur l’Histoire. Un roman documenté et bourré de références pertinentes. Son personnage Bernardt Gunther est toujours aussi subtil, taquin et quant à lui : impertinent. Son humour dangereux n’égale que son courage face à la barbarie nazie ce qui permet de digérer à merveille ce pavé et son intrigue.

« Il me sembla que mon ombre avait plus de substance et de caractère que moi, comme si la masse obstruant la lumière derrière elle avait été maudite et condamnée à une veule insignifiance par quelque troll pernicieux. »

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